Château de Versailles

Une rénovation hors-normes d’un patrimoine mondial

Remettre à niveau les installations techniques du château de Versailles sans en altérer l’intégrité patrimoniale : c’est l’ambition d’un vaste schéma directeur initié en 2003 et qui se poursuivra jusque vers 2040. Aux commandes : l’OPPIC, sous mandat de l’Établissement Public du château, du musée et du domaine national de Versailles.

C’est un chantier hors-normes qui a accueilli les adhérents de l’IMOA le 20 juin dernier au château de Versailles, à l’invitation de l’OPPIC1 . La visite a permis de découvrir les coulisses de cette opération d’envergure lancée en 2003, qui mobilise l’OPPIC, sur délégation de l’Établissement Public du château, du musée et du domaine national de Versailles, dans une mission de remise à niveau technique d’un monument classé au patrimoine mondial, sur un site en exploitation permanente accueillant plus de huit millions de visiteurs par an.

Une priorité : la sécurité

Le point de départ du projet est la gestion d’une urgence : avant 2003, la détection incendie ne couvrait pas l’ensemble du château, de nombreuses zones en étaient dépourvues. Dès 2003-2004, des têtes de détection reliées par radio sont posées à titre transitoire, avant d’être remplacées au fil des opérations par des systèmes filaires et des détecteurs par aspiration. La mise en sécurité du patrimoine constituent donc l’objectif fondateur. Mais le programme a rapidement affiché une ambition plus large :

  • remettre à niveau l’ensemble des installations techniques (les réseaux électriques et CVC dataient pour partie des années 1950 à 1960)
  • assurer la sûreté des espaces et des collections
  • améliorer les conditions d’accueil du public
  • regrouper les agents de l’EPV2 hors du périmètre immédiat du château pour libérer des espaces.

Le traitement climatique et la performance énergétique font l’objet d’une attention spécifique, avec une modernisation chauffage et la création de réseaux de traitement d’air, notamment.

Un programme découpé en trois phases

Compte tenu de l’ampleur du projet, le schéma directeur a été structuré en trois phases.

  • La première (SD1), dont les travaux ont démarré en 2007 (hors travaux d’urgence de mise en sécurité) et se sont achevés en 2016 pour un budget de 146 millions d’euros, a posé les fondations du dispositif :sécurité incendie et sûreté centralisées au pavillon Gabriel, pôle énergétique sous le Grand Commun, réhabilitation du Grand Commun en bureaux, galeries techniques enterrées desservant l’ensemble du site. « Le cœur de l’infrastructure technique se trouve sous le Grand Commun, explique Benjamin Marque, chef de projet à l’OPPIC. C’est là que sont installées la production de froid, l’eau chaude et l’alimentation électrique. Ce point central irrigue ensuite une grande partie du site. » Depuis le démarrage du SD1, le château dispose ainsi pour la première fois d’un réseau de sécurité unifié et d’une infrastructure technique centralisée.
  • La seconde phase (SD2), de 2011 à 2028, avec un budget de 99,5 M€, porte sur la modernisation du Corps Central Sud (déjà achevé), de la cour de Marbre et du Corps Central Nord (études et travaux préparatoires). Les travaux de rénovation du Corps Central Nord constituent un volet budgétaire distinct (SD2bis) de 188,39 M€ sur sept ans et demi (2024 à 2032).
  • La troisième phase (SD3), dont le budget n’est pas encore arrêté, se déroulera à partir de 2032, avec la rénovation de l’Aile du Midi et de l’Aile du Nord.

Un chantier dans un monument vivant

Le château de Versailles n’a pas de fermeture programmée. Il reçoit des millions de visiteurs chaque année en exploitation continue et toute intervention doit maintenir en permanence un cheminement accessible. La stratégie a évolué entre les deux premières phases du Corps Central. « La fermeture prolongée du Corps Central Sud a gêné fortement l’exploitation, reconnaît Benjamin Marque. C’est pourquoi nous avons retenu une autre approche pour le Corps Central Nord : un phasage avec de multiples sous-phases en intérieurs a été mis en place pour préparer au maximum tout ce qui peut l’être avant de fermer les principaux espaces intérieurs ouverts au public le plus tard possible. »

Des contraintes sans équivalent

La contrainte technique la plus singulière du Corps Central Nord est l’infranchissabilité du premier étage, du fait de ses décors précieux. « Il est impossible de faire passer des gaines dans ces plafonds, confirme Benjamin Marque. La solution repose sur l’aménagement de deux colonnes existantes, seuls passages verticaux entre les sous-sols et la toiture. Nous avons donc conçu l’ensemble du système de distribution des réseaux pour qu’il transite par ces deux passages. » Parallèlement, les fouilles ont livré une succession de découvertes : le mur Le Vau du premier château de Louis XIII, retrouvé sous la Cour de la Reine et intégré dans la galerie technique, les fondations d’une fontaine du XVIIᵉ siècle, maintenues in situ, etc.

Enfin, toutes ces interventions doivent être invisibles du visiteur. Les parquets du XVIIᵉ siècle sont déposés, restaurés en atelier par des menuisiers des Monuments Historiques, puis reposés avec des grilles de soufflage intégrées dans leur trame. La performance énergétique constitue quant à elle un axe à part entière, mené avec succès. La consommation du site est ainsi passée de 27 166 MWh en 2019 à 19 530 MWh en 2024, soit une réduction de 26 % malgré l’extension du périmètre couvert. Ce résultat traduit la modernisation progressive des équipements : production de froid centralisée, déploiement de centrales de traitement d’air performantes dans les zones traitées, isolation des combles

Et maintenant ?

Dans le cadre du SD2, la phase 1 du Corps Central Nord est en cours de travaux et la phase 2 est en cours de notification pour un démarrage à l’été 2026. Suivront la phase 2B (passage des réseaux dans les grands appartements du Roi, ouverts au public) et la phase 3, qui couvrira la galerie des Glaces et la galerie basse. La restauration de la verrière Louis-Philippe, dont la volumétrie de 1840 sera restituée d’après une gravure de l’époque, est prévue à partir de 2027.

Le SD3, qui démarrera à partir de 2032, portera sur les deux grandes ailes encore peu modernisées : l’aile du Midi et l’aile du Nord. À l’horizon 2040, après presque 40 années de chantier, l’ensemble du château disposera d’installations remises à niveau, prêtes pour les décennies à venir.

1Opérateur du Patrimoine et des Projets Immobiliers de la Culture

2Établissement Public de Versailles

3Architecte en Chef des Monuments Historiques