Visite du collège Joliot Curie, à Bagneux

Un collège provisoire clé en main, à déployer lors d’opérations de rénovation

Le Conseil départemental des Hauts-de-Seine a eu recours à une solution originale pour accueillir temporairement les 400 élèves d’un collège nécessitant une reconstruction : un bâtiment modulaire clé en main, à base de modules démontables et réémployables en matériaux bio-sourcés.

Comment démolir et reconstruire un bâtiment scolaire, tout en assurant l’accueil des élèves tout au long de la phase travaux ? Le Conseil départemental des Hauts-de-Seine a au recours à une solution innovante, expérimentée avec succès pour le Collège Joliot Curie, à Bagneux.

« Nous avons mis en œuvre cette solution dans le cadre du projet de reconstruction du collège avec des objectifs énergétiques et environnementaux ambitieux, notamment la volonté d’atteindre le niveau E3 C1 du label E+/C-, correspondant à un bâtiment à énergie positive et à empreinte carbone réduite, affirme Pol Creignou, directeur général adjoint éducation, sports et construction au Conseil départemental des Hauts-de-Seine. Un nouveau collège verra le jour à l’horizon 2027 sur le même site, pouvant accueillir 600 élèves contre près de 400 à l’heure actuelle ». Une solution provisoire était donc nécessaire, pour assurer la continuité de la scolarité.

Photos : Arthur Mercier

Une solution réutilisable

Le département a souhaité une solution modulaire offrant un meilleur confort thermique, en été comme en hiver, qui soit également conforme à la règlementation RE2020. Mais le coût d’un collège provisoire répondant à ces impératifs approche les 20 M€ contre 5 M€ pour les solutions modulaires classiques.

« Nous savions que plusieurs projets de reconstruction de collèges du département allaient se succéder, souligne Pol Creignou. Nous avons donc souhaité mettre au point une solution réutilisable, que nous pourrions déployer successivement sur les différents projets à venir ».

Un marché de conception réalisation a ainsi été passé avec un groupement dirigé par Bouygues Bâtiment Île-de-France. Le cahier des charges : un collège temporaire, modulaire, démontable et remontable, conçu à partir de matériaux bio-sourcés, respectant les normes règlementaires visées et compatible avec les délais très contraints du projet.

Une solution technique innovante

La solution proposée a été élaborée à partir d’un concept développé en amont par Bouygues Bâtiment et TH (Technologie Habitat, spécialisé dans les constructions modulaires bois), deux ans avant la sortie de l’appel d’offres du département. Le concept met en œuvre 191 modules préfabriqués : 157 en CLT (bois lamellé croisé) pour les espaces d’enseignement (salles de classe, administration, vie scolaire, CDI, etc), 34 en métal pour les espaces de restauration incompatibles avec le bois en raison de l’humidité induite pas les cuisines.

Les modules sont préfabriqués en usine, dans le Jura, puis transportés par camion et assemblés sur le site du collège provisoire, un terrain au nord de la commune mis à disposition par la Ville de Bagneux. Les 18 salles de classe d’une capacité de 30 élèves chacune sont composées de 5 modules. Les OPR (opérations préalables à la réception) sont réalisées en usine, avant livraison. À la pose, les modules arrivent donc quasi finis (sol, faux plafonds, revêtements). Seules les jonctions entre modules sont réalisées sur site. De la même manière, le projet met en œuvre des modules de distribution aéraulique et fluide préfabriqués, avec des connexions rapides pour tous les fluides et la ventilation entre modules et parties communes, pensées dès la conception pour faciliter le démontage. Les volets roulants, quant à eux, ont été alimentés et testés en usine et sont prêts à brancher une fois sur site.

Une modularité sans compromis

Le résultat est un bâtiment très efficace, tant sur le plan de l’assemblage et de la démontabilité que sur le plan de la compacité. Sur le plan architectural, le concept permet de réaliser une façade où la modularité n’est pas visible et qui s’intègre de façon harmonieuse dans l’environnement urbain. Les salles de classes elles-mêmes, avec leurs murs intérieurs en bois, apportent un espace de vie d’une qualité supérieure à ce qui est habituellement proposé en préfabriqué.

Un calendrier exigeant

Le vrai défi du projet portait in fine sur la démontabilité, les exigences environnementales et les délais de réalisation. Si le provisoire permet parfois de s’affranchir partiellement des exigences environnementales, l’objectif ici était de faire mieux que la règlementation. Pari tenu : le collège provisoire déployé à Bagneux est conforme à la RE2020, mais avec un indice carbone au seuil 2031, avec une quantité très importante de matériaux bio-sourcés (environ 140 kg/m2, soit quatre fois la valeur du niveau le plus performant du label Bâtiment Biosourcé). La consommation d’énergie est tout à fait maîtrisée, du fait de la compacité de l’ouvrage et du travail réalisé sur l’enveloppe. Par ailleurs, près de 35% des équipements de cuisine de l’ancien collège ont été réemployés, ainsi que 95% du mobilier courant des salles de classes.

Côté calendrier, la conception de la solution s’est échelonnée sur deux mois, entre la notification du marché début février 2024 et la mise à disposition du terrain en avril 2024. Les études et les travaux ont été réalisés en 12 mois, avec notamment une pose des modules échelonnée entre août et décembre 2024, avant une livraison de l’ouvrage en avril 2025. C’est donc un total de 14 mois de conception-réalisation, soit environ 30% de moins qu’un projet traditionnel équivalent avec seulement neuf mois de présence sur site.

La phase d’exploitation du collège provisoire sera de 27 mois, avant un début de démontage des modules prévu en août 2027. La sortie des élèves du collège provisoire est programmée pour avril 2027. La parcelle libérée sera livrée en octobre 2028, marquant la fin du projet.