Un commissariat flambant neuf : voila l’infrastructure que les adhérents de l’IMOA ont eu l’opportunité de visiter le 15 septembre 2026, au Kremlin-Bicêtre (94), à l’invitation de la DIE-PP1 , direction immobilière du SGAMI2 Île-de-France. Au 167 rue Gabriel Péri, un commissariat tout juste terminé remplace donc aujourd’hui un bâtiment des années 1970 devenu inadapté, tant en matière de sécurité, que d’accessibilité et de dimensionnement pour des effectifs qui ont progressé au fil des années. Livré à l’automne 2026 pour un budget de 20 M€, le bâtiment de 2 640 m² de SDO3 doit accueillir les 250 agents du commissariat, regroupés dans un commissariat à Cachan pendant la durée des travaux.
Un outil de travail avant tout
« Un commissariat, ce n’est pas juste des locaux, c’est en premier lieu un outil de travail, affirme Carlos Goncalves, sous-directeur Construction à la DIE-PP. Si une fonctionnalité ne marche pas, cela met en difficulté l’activité du policier. » Il cite l’exemple des gardes à vue : si cette fonction du bâtiment est défaillante, la procédure judiciaire ne peut tout simplement pas démarrer. Cette logique conditionne l’ensemble du programme : chaque service (accueil et dépôt de plainte d’un part, garde à vue d’autre part) dispose d’un flux de circulation dédié, sans croisement avec les autres usagers, dans une structure conçue pour fonctionner 24 heures sur 24 pendant 40 à 50 ans.
Composer avec un quartier en pleine mutation
Le projet s’inscrit dans le grand projet de renouvellement urbain du Kremlin-Bicêtre, qui doit voir sortir de terre plus de 1 000 logements sur les anciennes parcelles pavillonnaires environnantes. Les échanges de parcelles avec la municipalité, réalisés sans soulte, ont permis de redresser le parcellaire du commissariat, avec un léger gain de surface pour l’État. Mais la proximité de futurs immeubles montant jusqu’en R+10 restait toutefois un enjeu. La maîtrise d’ouvrage a donc obtenu de la ville un engagement à ne pas dépasser l’acrotère du commissariat sur une zone d’une quinzaine de mètres de part et d’autre du bâtiment, afin de limiter les vues plongeantes et les risques de projections d’objets dans le périmètre du commissariat.
Autre point d’attention : le terrain est situé en zone de carrières. Si l’ancien commissariat avait été construit sans injection dans le sous-sol, la nouvelle construction a nécessité une injection généralisée sur l’ensemble de la parcelle.
Une façade aveugle, mais un intérieur ouvert à la lumière
La construction d’un commissariat obéit à des contraintes spécifiques, parmi lesquelles l’impératif de limiter les vues depuis les rues avoisinantes. De l’extérieur, le bâtiment ne présente donc que deux façades avec fenêtres, donnant sur la rue principale et sur l’arrière du bâtiment. Le reste est en murs pleins. « De l’extérieur, c’est un bloc avec peu d’ouvertures, mais de l’intérieur, il est très lumineux », décrit le conducteur de l’opération. Retenu au concours notamment pour ce parti pris, l’agence d’architecture, Atelier 2/3/4 a organisé le bâtiment autour de plusieurs patios intérieurs qui apportent la lumière naturelle jusque dans les bureaux du rez-de-chaussée, complétés par une canopée végétalisée en toiture. La façade principale et l’arrière du bâtiment sont habillés d’une brique pleine en doublage complet avec isolation par l’extérieur, un choix technique coûteux et chronophage pour le chantier, mais salué pour ses qualités esthétiques et environnementales. Des brise-soleil (moucharabiehs) viennent par ailleurs casser la chaleur en façade sud tout en préservant, depuis l’intérieur, la possibilité de voir sans être vu.
Une zone de sûreté strictement cloisonnée
Le rez-de-chaussée organise deux circulations totalement séparées. Le public accède par un sas équipé d’un portique et d’un détecteur de métaux vers l’accueil et les quatre bureaux de dépôt de plainte, seule zone classée établissement recevant du public. Par un autre accès en façade, les personnes interpellées entrent directement dans la zone de sûreté, fermée par des portes blindées et placée sous le contrôle visuel permanent du chef de poste : cinq cellules de garde à vue individuelles, une cellule collective et une zone d’attente surveillée. Un local pour le médecin et un autre pour l’avocat ont été placés à l’interface des deux circulations plutôt que dans la zone de garde à vue. Cette disposition évite que médecins et avocats n’aient à transiter par la zone cellules.
Sept ans entre le concours et la livraison
« Nous sommes fortement tributaires des aléas budgétaires », note Carlos Goncalves à propos du calendrier de l’opération. Lauréat du concours en 2019, l’architecte n’a été notifié qu’un an et demi plus tard, faute de crédits disponibles. La notification des marchés de travaux a également été retardée pour le même motif. En tenant compte de ces contraintes, la livraison est prévue pour le quatrième trimestre 2026.